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Bitcoin en portefeuille : ce que font les professionnels

Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le

Illustration : Bitcoin en portefeuille : ce que font les professionnels

Les allocations institutionnelles intègrent désormais une part d'actifs numériques. Les proportions retenues, le rythme des ajustements et l'horizon de temps employé sont instructifs pour un particulier.

En bref — Les gestionnaires qui intègrent du bitcoin le font à hauteur de quelques pour cent du portefeuille, avec un rééquilibrage périodique et un horizon de plusieurs années. Ils le traitent comme une ligne d'allocation dimensionnée à l'avance, jamais comme une conviction à défendre. Le dimensionnement, pas la prévision, est le cœur de leur méthode. Une exposition, quelle que soit sa taille, peut perdre l'essentiel de sa valeur.

La question qui intéresse un professionnel n'est pas « est-ce que ça va monter ». Elle est : « combien puis-je en détenir sans que cela mette en danger le reste ? »

C'est un déplacement complet du problème, et c'est probablement ce qu'un particulier a le plus à en tirer.

Quelle proportion retiennent-ils réellement ?

Les allocations professionnelles se situent généralement dans une fourchette basse : de l'ordre de 1 à 5 % du portefeuille total, avec des poches poussées plus haut sur les mandats les plus offensifs.

La logique n'a rien de mystérieux. Il faut une part assez grande pour que sa contribution compte si l'actif progresse fortement, et assez petite pour que son effondrement ne compromette pas l'objectif du portefeuille.

Profil du mandatPoids habituelCe que le mandat accepte
Prudent0 à 1 %Une exposition symbolique, voire nulle
Équilibré1 à 3 %Une contribution visible, un impact contenu
Dynamique3 à 5 %Une variation forte assumée sur la ligne
Très dynamiquejusqu'à 10 %Un poste à part entière, suivi de près

Ces fourchettes ne sont pas des recommandations. Elles décrivent une pratique observable, et surtout une méthode : le poids est décidé avant l'achat, en fonction de ce que le portefeuille peut encaisser.

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Comment fixe-t-on ce poids sans deviner l'avenir ?

Par un calcul de perte acceptable, jamais par une prévision de hausse.

Le raisonnement se fait à l'envers. On part de la question : « quelle baisse de mon patrimoine total suis-je capable de traverser sans changer d'avis ? » Puis on regarde à quelle amplitude de chute cet actif s'est déjà exposé, et on en déduit le poids maximal.

Un exemple chiffré, avec des ordres de grandeur simples. Un investisseur décide que cette poche ne doit jamais coûter plus de 2 % de son patrimoine total. Il considère qu'une baisse de 80 % est un scénario possible pour un actif de cette volatilité. Le poids maximal est alors de 2,5 % : si les 2,5 % perdent 80 %, la perte sur l'ensemble ressort à 2 %.

Le même calcul avec une tolérance de 1 % donne un poids d'environ 1,25 %. Avec une tolérance de 4 %, il donne 5 %.

C'est arithmétique, c'est ennuyeux, et cela règle la question en cinq minutes. Le débat sur la valeur future de l'actif, lui, ne se règle jamais. Ce type de dimensionnement est exactement ce qu'on retrouve dans la façon dont les investisseurs répartissent leur argent.

Pourquoi le rééquilibrage est-il leur geste le plus systématique ?

C'est probablement le point le plus utile de tout cet article.

Une ligne fixée à 3 % qui double devient 6 % du portefeuille. Le gestionnaire ne s'en réjouit pas : il constate que son exposition a doublé sans qu'il l'ait décidé. Il en vend donc une partie pour revenir à 3 %, et replace le produit sur ce qui a moins progressé.

Le mécanisme fait vendre après une hausse et acheter après une baisse, automatiquement, sans la moindre prévision. Surtout, il empêche qu'une position devenue énorme finisse par dicter le résultat de l'ensemble.

Le rythme importe moins qu'on ne le croit. Deux méthodes coexistent : à date fixe — une fois par trimestre, une fois par an — ou par seuil de déclenchement, par exemple dès que la ligne s'écarte de moitié de sa cible. Les deux fonctionnent. Celle qui échoue, c'est l'absence de règle.

Un point de vigilance pour un particulier : chaque arbitrage a un coût. Frais de transaction d'abord, et fiscalité ensuite, puisqu'une vente vers l'euro constitue une cession imposable — un sujet détaillé dans notre article sur la fiscalité française des crypto-actifs. Un rééquilibrage trimestriel peut coûter plus cher qu'il ne rapporte sur de petits montants. Une fois par an suffit largement.

Sur quel horizon de temps raisonnent-ils ?

Plusieurs années, et cela change tout le reste.

Un horizon long autorise à ignorer les variations intermédiaires. C'est la condition qui rend le dimensionnement précédent supportable : accepter une baisse de 80 % n'a de sens que si l'on n'a aucun besoin de cet argent avant longtemps.

Cet horizon impose deux vérifications préalables. La première : la réserve disponible est constituée ailleurs, sur des supports sans risque de perte en capital. La seconde : aucun projet daté — achat, travaux, changement de vie — ne dépend de cette somme.

C'est la même logique de temps que celle décrite dans ce que le temps fait à votre place : elle ne promet aucun résultat, elle rend seulement une stratégie tenable.

Un professionnel dispose d'un avantage sur ce terrain : son mandat écrit lui interdit de changer d'avis sous le coup de l'actualité. Un particulier doit se fabriquer lui-même cette contrainte, en notant sa décision et ses raisons le jour où il la prend.

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Par quelle forme d'exposition passent-ils ?

Majoritairement par des produits cotés et régulés, pour des raisons de conformité et de conservation. Un gestionnaire professionnel doit pouvoir justifier où sont les actifs, qui en assure la garde, et comment ils sont valorisés chaque jour.

La détention directe suppose une infrastructure de conservation qui a un coût réel et des obligations lourdes. Peu de mandats l'assument.

Cette contrainte ne s'applique pas de la même façon à un particulier. Il peut choisir entre plusieurs formes : détention directe sur un support personnel, compte chez un intermédiaire, ou produit coté accessible depuis un compte-titres ordinaire. Chacune a ses frais, ses risques propres et son traitement.

Le raisonnement à tenir ressemble à celui qu'on applique à n'importe quel support : ce qui compte est le coût total, la solidité de l'intermédiaire et la facilité de sortie. La Banque de France publie régulièrement des analyses sur le développement de ces actifs et les risques associés.

Qu'est-ce qu'ils ne font jamais ?

La liste est courte et elle est instructive.

Ils ne cherchent pas à saisir les mouvements de court terme. Le coût des allers-retours et le taux d'échec de l'exercice sont documentés depuis longtemps.

Ils ne modifient pas leur allocation en réaction à une information. Une annonce, un titre de presse, une déclaration ne déclenchent pas d'arbitrage : seule la règle de rééquilibrage le fait.

Ils ne concentrent pas la poche sur un seul projet peu établi. La ligne est dimensionnée comme une classe d'actifs, pas comme un pari isolé.

Et ils n'augmentent pas la taille de la position parce qu'elle a bien fonctionné. C'est précisément l'inverse de ce que produit le rééquilibrage.

L'écart le plus visible avec le comportement d'un particulier tient dans cette phrase : la position est décidée une fois, à froid, puis simplement maintenue. Les écarts de discipline coûtent bien plus cher que les erreurs de sélection, comme le montre notre article sur les erreurs de débutant.

Rappel nécessaire pour finir : quelle que soit la méthode employée, cet actif reste très volatil et une exposition peut perdre l'essentiel de sa valeur. Le dimensionnement limite la conséquence d'une perte, il n'en réduit pas la probabilité.

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