Actions européennes : pourquoi elles se paient moins cher qu'aux États-Unis
Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le
À métier comparable, une entreprise européenne cotée se vend moins cher que son équivalent américain, et cela dure depuis dix ans. Trois raisons expliquent cet écart. Aucune ne dit quand il se refermera.
En bref — Depuis une dizaine d'années, une entreprise européenne cotée se vend moins cher qu'une américaine qui fait à peu près le même métier. Trois raisons se cumulent : les bourses américaines sont pleines de géants de la technologie, l'économie européenne avance moins vite, et l'épargne du monde entier se déverse d'abord sur les marchés américains. L'Europe garde des positions solides dans le luxe, la santé, les machines industrielles et une partie des puces électroniques. Mais un écart de prix n'est pas un calendrier : il peut durer très longtemps. Investir en actions expose à une perte d'argent.
Que veut dire « payer une action plus cher » ?
Imaginez deux garages identiques à vendre : mêmes clients, même bénéfice de 20 000 euros par an. L'un part à 100 000 euros, l'autre à 300 000. Le premier acheteur paie cinq années de bénéfices, le second en paie quinze — parce qu'il croit que ce garage-là va grandir.
En bourse, on fait ce calcul tous les jours. Ce rapport ne dit pas si une entreprise est chère : il dit ce que les acheteurs acceptent de payer aujourd'hui pour les bénéfices de demain.
Le piège arrive quand on compare deux pays. On ne compare plus deux garages, mais deux paniers remplis d'entreprises très différentes.
D'où vient l'écart entre les deux continents ?
Trois choses se sont additionnées, et aucune n'est un détail.
Ce qu'il y a dans le panier. Les grands indices américains — ces listes d'entreprises qui servent à mesurer un marché — sont dominés par la technologie, un secteur payé cher partout : il grandit vite et n'a pas besoin d'usines coûteuses. Les indices européens font une place bien plus grande aux banques, à l'industrie lourde, à l'énergie et à l'automobile, vendus moins cher depuis toujours. Comparez secteur par secteur, et l'écart fond en grande partie.
La vitesse de l'économie. Une entreprise dont le marché national avance lentement voit ses perspectives revues à la baisse. La population et la productivité européennes n'ont pas suivi le rythme américain sur la dernière décennie.
L'effet boule de neige. L'épargne du monde entier passe de plus en plus par des fonds qui achètent automatiquement les plus grosses entreprises cotées. Comme les plus grosses sont américaines, l'argent y va, les prix montent, ces marchés deviennent plus visibles, et attirent encore de l'argent. La mécanique se nourrit d'elle-même.
Où l'Europe reste-t-elle difficile à remplacer ?
Un prix bas ne dit rien de la solidité industrielle. Plusieurs métiers restent tenus par des Européens qu'on ne remplace pas en cinq ans.
| Domaine | Ce que l'Europe y détient |
|---|---|
| Luxe | Des marques et un savoir-faire sans équivalent ailleurs |
| Machines pour puces électroniques | Un passage obligé, aux Pays-Bas |
| Santé et médicaments | Des groupes de premier plan en Suisse, au Danemark, en France |
| Mécanique de précision | Allemagne, Suisse, nord de l'Italie |
| Énergie et réseaux | Des exploitants d'infrastructures en France, Italie, Espagne |
| Défense et aéronautique | Des carnets de commandes remplis par le réarmement |
Ces positions ont un point commun : elles reposent sur des choses lentes à bâtir — brevets, machines, ouvriers formés, clients fidèles depuis vingt ans. Exactement ce que les acheteurs paient cher ailleurs.
Qu'est-ce qui pourrait resserrer l'écart ?
Plusieurs mouvements poussent dans ce sens, sans qu'aucun ne fixe de date. Les grands programmes publics — électricité, réseaux, défense, numérique — créent des commandes qui ne dépendent pas de l'export et courent sur des années.
Le retour d'une partie des productions en Europe, engagé après les pénuries du début de la décennie, profite aux fournisseurs installés sur le continent. On le retrouve dans plusieurs secteurs redevenus prioritaires pour les États.
Pourquoi ce pari a-t-il déçu pendant dix ans ?
Parce qu'un prix plus bas peut être mérité. C'est le contre-argument sérieux.
Une entreprise qui gagne moins avec l'argent qu'on lui confie, qui investit moins et grandit moins vite, doit logiquement se vendre moins cher. Une partie du rabais européen ne vient pas d'un excès de pessimisme, mais d'une différence réelle de rentabilité.
Beaucoup d'épargnants ont acheté ce rabais année après année en attendant un rattrapage qui n'est pas venu au rythme espéré. L'écart s'est même agrandi pendant plusieurs de ces années. Rien n'oblige un marché à se corriger dans un délai qui arrange celui qui a mis son argent.
Un fonds « monde » est-il vraiment mondial ?
C'est le point le plus concret du sujet, et le plus facile à vérifier soi-même.
Ces fonds achètent les entreprises selon leur taille en bourse. Comme les plus grosses sont américaines, un fonds « monde » est en réalité très largement américain — bien plus que ne l'imagine celui qui le détient. La part européenne y est minoritaire, la part française minuscule.
Ces supports ne sont pas inadaptés pour autant. Simplement, un épargnant qui détient un fonds indiciel mondial et se croit réparti sur toute la planète détient surtout une zone et quelques secteurs — la même concentration que dans les secteurs qui portent les indices. La vérification prend cinq minutes sur le document d'information du fonds.
Et la question du dollar ?
Quelqu'un qui vit en euros et achète des actions américaines porte deux risques au lieu d'un : le prix de l'action, et le taux de change.
Une année où le dollar recule face à l'euro, une hausse en dollars peut se transformer en résultat quelconque une fois l'argent reconverti. L'inverse existe aussi : une partie des belles années passées sur les actions américaines, vues depuis la zone euro, venait du change et non des entreprises.
Acheter des actions européennes retire cette couche pour quelqu'un qui dépense en euros.
Ce qu'il faut retenir
- L'écart de prix entre actions européennes et américaines est ancien, large, et tient en partie à ce que contiennent les indices.
- À secteurs comparables, la différence se réduit beaucoup : comparer deux indices, c'est comparer deux paniers.
- L'Europe garde des positions difficiles à contourner dans le luxe, la santé, les machines et une partie des puces.
- Un rabais peut durer des années sans se refermer. Ce n'est pas un calendrier.
- Un fonds « monde » est en général très américain, ce qui se vérifie en cinq minutes sur son document d'information.
Investir en actions expose à un risque de perte d'argent.
