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Investir dans l'intelligence artificielle : actions, fonds, ou les deux

Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le

Illustration : Investir dans l'intelligence artificielle : actions, fonds, ou les deux

C'est le thème le plus commenté du moment, et le plus mal découpé. Avant de choisir entre un fonds thématique et des actions en direct, une étape est presque toujours sautée : vérifier ce que l'on possède déjà. Beaucoup de portefeuilles y sont exposés sans que leur détenteur le sache.

En bref — « Investir dans l'IA » recouvre quatre métiers très différents, des fabricants de composants aux entreprises qui utilisent ces outils. Un fonds thématique évite d'avoir à trancher, au prix de frais plus élevés et d'une concentration souvent forte. La première vérification à faire n'est pas le choix du support, mais l'exposition déjà présente dans un fonds indiciel classique. Les valorisations du secteur intègrent des anticipations élevées.

Un lecteur qui décide « d'investir dans l'intelligence artificielle » a en tête une idée floue et un geste précis : acheter quelque chose. Le problème, c'est que le mot désigne au moins quatre activités économiques qui n'ont ni les mêmes clients, ni les mêmes risques, ni le même horizon.

Autant le savoir avant de cliquer.

Investir « dans l'IA », ça veut dire quoi au juste ?

La chaîne se lit comme une pile, du matériel vers l'usage.

Les composants. Puces spécialisées, mémoire, machines de fabrication. Ces entreprises vendent à un petit nombre de clients très gros. Historiquement, ce sont les plus cycliques de la chaîne : les commandes s'y arrêtent brutalement quand un cycle d'investissement se retourne. Le sujet est traité en détail dans notre article sur les semi-conducteurs.

L'infrastructure. Centres de données, production et distribution d'électricité, refroidissement, réseaux. Des besoins lourds, des contrats souvent longs, des acteurs moins médiatisés. Ce sont les installations invisibles dans lesquelles tout le monde investit.

Les modèles et les plateformes. Les grandes entreprises technologiques qui développent, entraînent et hébergent les systèmes. Leurs revenus proviennent en majorité d'autres activités déjà installées.

Les applications. Toutes les entreprises, de tous les secteurs, qui intègrent ces outils dans leurs produits ou leurs processus. C'est l'étage le plus vaste, le plus dispersé et le plus difficile à identifier de l'extérieur.

ÉtageCe que l'entreprise vendCe dont dépend son chiffre d'affaires
ComposantsDu matériel spécialiséLe rythme des commandes de quelques clients
InfrastructureDe la capacité et de l'énergieDes contrats pluriannuels et des raccordements
Modèles et plateformesDe l'accès à des servicesL'adoption par les entreprises clientes
ApplicationsUn produit amélioréLe gain réel obtenu par leurs propres clients

Un point mérite d'être posé clairement : à ce stade, l'essentiel des revenus constatés dans la chaîne provient des trois premiers étages. Le quatrième repose largement sur des économies attendues, pas encore mesurées dans les comptes.

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Que possédez-vous déjà sans le savoir ?

C'est l'étape que presque personne ne fait, et c'est la plus rentable des cinq minutes à y consacrer.

Ouvrez le rapport mensuel de votre fonds indiciel mondial ou de l'unité de compte de votre assurance-vie. Regardez les dix premières lignes. Il y a de fortes chances que plusieurs entreprises directement concernées par ce thème y figurent, et qu'elles pèsent déjà une part notable du fonds — simplement parce qu'elles comptent parmi les plus grosses capitalisations de la planète. Le mécanisme est expliqué dans notre article sur les secteurs qui portent les indices.

Ajouter par-dessus un fonds thématique revient alors à doubler une exposition existante, sans l'avoir décidé. Le portefeuille devient un pari concentré alors que son détenteur croit s'être diversifié.

La vérification tient en une opération : additionnez le poids des mêmes entreprises dans tous vos supports. Si le total dépasse ce que vous accepteriez de perdre sur un seul secteur, la question du support ne se pose déjà plus.

Fonds thématique ou actions en direct : qu'est-ce qui change ?

Fonds thématiqueActions en direct
Choix à faireAucun titre à sélectionnerChaque entreprise, une par une
FraisFrais annuels généralement supérieurs à un indiciel largeFrais d'ordre à l'achat et à la vente
Risque propre à une sociétéRéparti sur des dizaines de lignesConcentré, y compris le risque d'accident isolé
Suivi nécessaireUn point par an suffitPublications trimestrielles à lire
PrécisionOn prend toute la chaîneOn peut viser un étage précis

Le fonds convient à qui ne veut pas arbitrer entre des entreprises qu'il ne saura pas suivre. Le direct convient à qui a une opinion argumentée sur un étage particulier et accepte de la vérifier régulièrement — ce que peu de particuliers font vraiment dans la durée.

Il y a un troisième cas, souvent le plus honnête : ne rien ajouter, parce que l'exposition existante suffit déjà.

Comment lire un fonds thématique avant d'y entrer ?

Quatre chiffres, tous accessibles sur la fiche du produit.

La date de création. Les fonds thématiques naissent rarement au début d'une histoire. Ils sont lancés quand le thème est devenu commercialisable, c'est-à-dire après une forte hausse. Une date récente sur un thème très commenté est une information en soi.

Le poids des dix premières lignes. Un fonds « thématique » dont les dix premières positions dépassent la moitié de l'encours ne répartit pas grand-chose : il concentre autrement.

Les frais courants annuels. Comparez-les à ceux d'un fonds indiciel large. L'écart se paie chaque année, que le thème fonctionne ou non, et il se compose dans le mauvais sens sur dix ans.

La méthode de sélection. Certains fonds retiennent les entreprises dont une part significative du chiffre d'affaires vient réellement du thème. D'autres se contentent d'un lien déclaratif, et se retrouvent avec des sociétés dont l'activité principale n'a rien à voir. La différence est écrite dans le document d'information, en général en une phrase.

Quel montant, et sur quelle durée ?

Une exposition thématique est un complément, jamais un socle. Elle se dimensionne à l'avance, en pourcentage du portefeuille, et ce pourcentage s'écrit avant l'achat.

La bonne façon de fixer ce chiffre n'est pas d'estimer le potentiel. C'est de se demander ce qu'une baisse de moitié de cette poche changerait à votre situation. Si la réponse est « rien de grave », le montant est correct. Si elle vous fait hésiter, il est trop élevé. Cette logique de dosage se retrouve dans la construction du portefeuille des trentenaires et quadragénaires.

Sur la durée, deux points : un thème d'investissement se juge en années, pas en trimestres, et l'entrée progressive évite de faire dépendre le résultat d'une seule date. Un versement échelonné ne protège d'aucune baisse, mais il supprime la question du moment d'entrée, qui est la première source d'hésitation et d'erreurs.

Qu'est-ce qui ferait dérailler le thème ?

Le scénario le plus souvent évoqué est celui d'une déception technologique. Ce n'est probablement pas le plus probable.

Trois autres mécanismes méritent d'être surveillés, parce qu'ils touchent les comptes avant de toucher les usages. Le premier est un ralentissement des dépenses d'investissement des grands acteurs : la chaîne haute vit de ces budgets, et ils se révisent vite. Le deuxième est une contrainte physique — capacité électrique, délais de raccordement, disponibilité des terrains — qui décale des projets sans rien remettre en cause sur le fond. Le troisième est une évolution réglementaire, sur les données ou sur l'usage des systèmes, dont l'effet varie fortement d'un étage à l'autre.

Aucun de ces éléments ne prédit une baisse. Ils indiquent où regarder pour comprendre ce qui se passe, plutôt que de découvrir le mouvement dans les commentaires trois semaines plus tard.

Les valorisations de plusieurs de ces sociétés intègrent déjà des attentes de croissance importantes. Un investissement en actions n'offre aucune garantie sur le capital engagé, qui peut diminuer.

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