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Data centers : qui possède vraiment l'infrastructure du numérique

Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le

Illustration : Data centers : qui possède vraiment l'infrastructure du numérique

Derrière un même bâtiment se cachent trois métiers distincts : celui qui détient les murs, celui qui exploite la salle, celui qui remplit les baies. Comprendre qui possède quoi est la seule façon de savoir où va l'argent.

En bref — Un centre de données se décompose en trois couches de propriété : le terrain raccordé, la coquille technique, et les machines qui tournent dedans. Chaque couche a son propriétaire, sa durée de contrat et son niveau de risque. La rareté ne porte pas sur les serveurs mais sur le terrain déjà relié au réseau électrique, qui s'échange aujourd'hui comme un actif à part entière. Les baux courent souvent sur dix à quinze ans, ce qui donne de la visibilité mais concentre la dépendance sur un très petit nombre de locataires.

Trois métiers derrière un seul bâtiment

Quand on dit « investir dans les data centers », on désigne en réalité trois activités qui n'ont ni le même métier, ni les mêmes revenus, ni la même exposition.

Le propriétaire foncier et immobilier détient le terrain, le permis, le raccordement et la structure. Son revenu est un loyer. Son horizon est celui de l'immobilier d'entreprise : long, indexé, adossé à un bail.

L'exploitant technique gère l'alimentation, la climatisation, la sécurité physique et la connectivité. Il vend de la puissance électrique disponible au mètre carré, avec un engagement de continuité de service. Son revenu est un abonnement, assorti de pénalités s'il ne tient pas ses garanties.

L'utilisateur final installe ses propres machines, ou loue de la capacité de calcul à l'heure. C'est lui qui porte le risque commercial de l'usage, et lui seul.

Ces trois rôles sont parfois assumés par la même société, parfois répartis entre trois entreprises distinctes. Le même bâtiment peut donc apparaître dans le bilan d'une foncière cotée, dans le chiffre d'affaires d'un exploitant, et dans les dépenses d'équipement d'un groupe technologique. Un investisseur qui ne sait pas à quelle couche il s'expose ne sait pas ce qu'il achète. La logique est la même que pour la pierre détenue par l'intermédiaire d'une société de gestion : le bâtiment est visible, la structure juridique un peu moins.

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Pourquoi le terrain raccordé vaut plus cher que le bâtiment

Le béton n'est pas rare. Les serveurs non plus, en dehors des périodes de tension sur les puces. Ce qui est rare, c'est un terrain disposant d'une autorisation d'urbanisme et d'une promesse de puissance électrique livrable à une date connue.

Dans le vocabulaire du secteur, un tel terrain se dit « alimenté ». Il change de main à des prix sans rapport avec sa valeur agricole ou industrielle d'origine, parce que l'acheteur ne paie pas des hectares : il paie une place dans la file d'attente du réseau et un calendrier.

Cette rareté produit un effet visible sur la structure du marché. Les acteurs qui ont sécurisé des droits de raccordement il y a cinq ou six ans détiennent un avantage que le capital seul ne rattrape pas. Ouvrir un chéquier ne fait pas avancer un dossier d'urbanisme, et ne raccourcit pas les travaux d'un poste de transformation.

Deuxième effet, moins commenté : le développement s'est déplacé vers des localisations qu'on n'aurait pas retenues il y a dix ans. On construit désormais loin des grandes villes, à condition que la fibre suive, parce que la contrainte électrique prime désormais sur la contrainte de proximité.

Le refroidissement, poste de coût qui redessine les bâtiments

La totalité de l'électricité qui entre dans une salle en ressort sous forme de chaleur. Évacuer cette chaleur représente historiquement le deuxième poste de consommation après les machines elles-mêmes, et c'est la partie de l'installation qui a le plus changé ces dernières années.

Trois familles de solutions coexistent, avec des conséquences très différentes.

Le refroidissement par air, avec ou sans utilisation directe de l'air extérieur quand la température le permet. C'est la technique la plus simple, la moins gourmande en eau, et celle qui atteint ses limites dès que la densité de puissance par baie augmente.

Le refroidissement par eau, via des tours d'évaporation. Efficace, moins coûteux en électricité, mais consommateur d'eau — c'est précisément le point qui cristallise les oppositions locales, et qui rejoint le dossier plus large de la ressource en eau.

Le refroidissement liquide au contact direct des composants, qui s'impose progressivement pour les machines dédiées à l'intelligence artificielle. Ces baies dissipent plusieurs dizaines de kilowatts chacune, un niveau que l'air ne parvient plus à traiter. Ce choix technique n'est pas neutre pour le propriétaire des murs : il impose une plomberie, des planchers renforcés et une distribution électrique différentes.

C'est là que se joue un risque rarement mis en avant. Un bâtiment conçu pour des baies peu denses ne se convertit pas facilement. La modernisation coûte cher et suppose de vider la salle, donc de perdre le loyer pendant les travaux.

CoucheCe qui est possédéDurée typique d'engagementRisque principal
Terrain alimentéFoncier, permis, droit de raccordementIndéterminéeRetard de mise sous tension
Coquille techniqueStructure, alimentation, refroidissementBail de 10 à 15 ansObsolescence de la conception
ExploitationService, garanties de continuitéContrat de 3 à 10 ansPénalités, dérive des coûts d'énergie
MachinesServeurs, stockage, réseauAmortissement de 3 à 6 ansRenouvellement rapide du matériel

Comment sont écrits les contrats de longue durée

C'est le cœur du modèle, et le point que les présentations commerciales survolent.

Un bail de centre de données ne se négocie pas au mètre carré mais au mégawatt réservé. Le locataire s'engage à payer une puissance, qu'il l'utilise ou non. Cette clause, proche du « ferme ou paye » des contrats d'énergie, explique la régularité des revenus affichés par les propriétaires.

Deux éléments méritent la lecture ligne à ligne. D'abord l'indexation : selon qu'elle suit un indice général des prix, un indice de la construction ou un mécanisme plafonné, le loyer réel dans dix ans n'est pas le même. Ensuite la refacturation de l'électricité : dans la plupart des contrats, elle est répercutée au locataire, ce qui protège le propriétaire d'une flambée des prix de l'énergie. Quand elle ne l'est pas, l'exposition change du tout au tout.

Dernier point, décisif : la concentration. Un petit nombre de groupes technologiques mondiaux représente l'essentiel de la demande. Une foncière peut ainsi afficher un taux d'occupation quasi total et dépendre, en réalité, de deux ou trois signatures. La qualité de crédit de ces locataires est aujourd'hui excellente ; le jour où l'un d'eux révise son plan d'investissement, c'est le carnet de commandes de toute une filière qui bouge.

Ce qui peut casser le modèle

Trois scénarios reviennent dans les analyses sérieuses, et aucun ne relève de la science-fiction.

Un ralentissement du rythme de commande des grands acteurs, après une phase d'équipement intense. Le secteur a déjà connu ce type de respiration.

Un durcissement réglementaire local sur l'eau, le bruit ou l'artificialisation, qui gèlerait des projets déjà financés.

Une évolution technique qui réduirait fortement la puissance nécessaire par unité de calcul. Cela ferait baisser la demande de mégawatts sans faire baisser la demande de services.

Aucun de ces scénarios n'est prévisible dans son calendrier. Ils rappellent surtout qu'une exposition thématique concentrée se comporte autrement qu'un placement diversifié, sujet traité dans ce que change réellement un fonds indiciel.

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