Livret A à 1,70 % : pourquoi votre épargne perd quand même de l'argent
Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le
Le taux du Livret A est remonté à 1,70 % le 1er août 2026, après dix-huit mois de baisses. Bonne nouvelle sur le papier, sauf que les prix, eux, montent de 2,4 % sur un an. L'écart entre les deux décide de tout, et il n'est pas en faveur de l'épargnant.
En bref — Le Livret A rapporte 1,70 % depuis le 1er août 2026, pendant que l'inflation française tourne à 2,4 % sur un an selon l'Insee. Le rendement réel, c'est-à-dire ce qui reste une fois la hausse des prix déduite, est donc négatif : autour de −0,4 % à −0,7 % selon la mesure retenue. Sur 10 000 euros laissés un an, cela représente environ 70 euros de pouvoir d'achat en moins, alors que le relevé bancaire, lui, affiche bien un gain. Le Livret A reste utile, mais pour un usage précis : la réserve disponible, pas la construction d'un patrimoine.
Que veut dire exactement « rendement réel » ?
Un taux affiché ne dit qu'une moitié de l'histoire. Il indique combien d'euros supplémentaires arrivent sur le compte, jamais ce que ces euros permettront d'acheter.
Le rendement réel, c'est la différence entre les deux. On prend la rémunération, on retire la hausse des prix sur la même période, et on regarde ce qui reste. Quand le résultat est positif, l'épargne se renforce. Quand il est négatif, elle recule, même si le solde du livret augmente.
En août 2026, la soustraction est simple à poser. D'un côté, 1,70 % de rémunération. De l'autre, 2,4 % de hausse des prix sur un an mesurée par l'Insee — 2,7 % si l'on retient l'indice harmonisé utilisé pour les comparaisons européennes. Le résultat tombe entre −0,4 % et −0,7 % selon l'indice choisi.
Ce chiffre négatif n'a rien d'un accident de calcul. Il décrit une situation réelle : l'argent est bien là, il est même un peu plus nombreux, mais il achète moins.
Combien ça fait sur 10 000 euros en un an ?
L'exemple chiffré rend la chose beaucoup plus concrète que le pourcentage.
Une personne place 10 000 euros sur un Livret A au taux de 1,70 %. Au bout de douze mois, son livret affiche 10 170 euros. Elle a gagné 170 euros, versés en intérêts, non imposés, sans avoir rien fait.
Sauf que pendant ces douze mois, les prix ont augmenté de 2,4 %. Le panier de courses, le plein d'essence, la facture d'électricité, l'abonnement téléphonique : tout ce qui coûtait 10 000 euros il y a un an en coûte désormais environ 10 240.
| Montant | |
|---|---|
| Somme placée au départ | 10 000 € |
| Solde du livret après un an à 1,70 % | 10 170 € |
| Somme nécessaire pour acheter la même chose qu'il y a un an | ≈ 10 240 € |
| Écart réel | ≈ −70 € |
Soixante-dix euros. C'est peu à l'échelle d'une année, mais c'est un manque, pas un gain. Et l'écart se reproduit chaque année tant que les prix montent plus vite que le taux. Sur une épargne plus importante ou sur plusieurs années consécutives, l'addition finit par se voir.
Détail qui trompe beaucoup de monde : le relevé bancaire ne montrera jamais ces 70 euros. Il affiche 10 170 euros, un chiffre en hausse, une ligne verte. La perte est invisible parce qu'elle se produit ailleurs, dans le prix des choses. C'est exactement le mécanisme décrit dans pourquoi une épargne « sûre » peut vous appauvrir.
Pourquoi le taux ne rattrape-t-il pas les prix ?
Le taux du Livret A n'est pas fixé au hasard, mais il n'est pas non plus indexé mécaniquement sur l'inflation constatée du mois.
La formule combine deux éléments : l'inflation moyenne des six derniers mois et les taux auxquels les banques se prêtent entre elles sur le marché monétaire. On prend la moyenne des deux. Le résultat est ensuite arrondi, et le gouvernement conserve la possibilité de s'en écarter.
Deux conséquences pour l'épargnant. D'abord, le taux regarde en arrière : il reflète les six mois écoulés, pas le mois en cours. Ensuite, la partie « taux du marché monétaire » a sa propre logique, liée à la politique de la Banque centrale européenne, qui peut tirer la moyenne vers le bas alors même que les prix accélèrent.
C'est ce décalage qui explique la remontée de 1,50 % à 1,70 % au 1er août : elle corrige une partie du retard accumulé, sans le combler.
Les Français ont-ils déjà réagi ?
Oui, et de façon mesurable. Entre janvier et mai 2026, plus de 5 milliards d'euros sont sortis du Livret A — les retraits ont dépassé les versements, ce qu'on appelle une collecte négative.
Ce mouvement mérite d'être lu correctement. Il mélange au moins deux comportements très différents, et rien ne permet de dire lequel domine.
Le premier, ce sont les ménages qui puisent dans leur réserve pour boucler leurs fins de mois. Quand le pouvoir d'achat recule, l'épargne de précaution sert précisément à ça : elle amortit. Ces retraits ne traduisent pas un arbitrage financier, mais une contrainte de budget.
Le second, ce sont les épargnants qui déplacent une partie de leur argent parce que 1,70 % ne leur suffit plus. Déplacer ne veut pas dire mieux placer : un support qui rapporte davantage expose aussi à des variations que le Livret A n'a pas, et parfois à des frais ou à une immobilisation de plusieurs années.
Un point à vérifier avant tout arbitrage, d'ailleurs : le LEP, maintenu à 2,50 % au 1er août 2026, reste au-dessus du Livret A. Il est soumis à conditions de revenus et son plafond est plus bas, mais pour les foyers éligibles, c'est le premier réflexe à avoir avant de regarder ailleurs.
Alors le Livret A ne sert plus à rien ?
Si, mais pas à ce que beaucoup lui demandent.
Trois qualités le distinguent, et aucune ne concerne le rendement. L'argent est disponible immédiatement, sans préavis ni pénalité. Les sommes déposées sont garanties par l'État. Les intérêts échappent à l'impôt sur le revenu comme aux prélèvements sociaux, ce qui n'est pas le cas de la plupart des autres supports.
Traduit en usage : le Livret A est fait pour l'argent qu'on doit pouvoir sortir demain matin. La chaudière qui lâche, la voiture à remplacer, les trois à six mois de dépenses qu'on garde de côté au cas où. Pour cette fonction-là, la perte de pouvoir d'achat est le prix de la disponibilité, et c'est un prix qui se justifie.
Le problème apparaît quand ce livret héberge autre chose : un projet à dix ans, un capital laissé là par défaut, une somme qui dort depuis des années sans raison. Là, l'écart avec les prix travaille contre l'épargnant, année après année. La question du bon montant à laisser dessus est traitée dans combien garder vraiment de côté, et les options qui existent au-delà dans que faire quand le taux ne suit plus l'inflation.
Aucune de ces options n'est équivalente au Livret A. Elles rapportent parfois davantage, mais elles peuvent aussi baisser, immobiliser l'argent, ou coûter des frais. Le comparatif honnête ne se fait pas sur le seul taux affiché.
Ce qu'il faut retenir
- Le Livret A rapporte 1,70 % depuis le 1er août 2026, contre 1,50 % auparavant.
- L'inflation française étant à 2,4 % sur un an, le rendement réel est négatif, entre −0,4 % et −0,7 %.
- Sur 10 000 euros placés un an, cela représente environ 70 euros de pouvoir d'achat perdus, alors que le relevé affiche +170 euros.
- Plus de 5 milliards d'euros sont sortis du Livret A entre janvier et mai 2026.
- Le livret garde tout son sens pour l'épargne disponible et garantie ; il en a beaucoup moins pour un capital immobilisé plusieurs années.
