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Frais bancaires : la facture invisible qui s'installe

Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le

Illustration : Frais bancaires : la facture invisible qui s'installe

Tenue de compte, carte, opérations diverses : pris isolément, chaque prélèvement paraît anodin. Additionnés sur l'année, ils dépassent souvent les intérêts perçus sur l'épargne. Voici comment retrouver le chiffre réel, ligne par ligne, et ce qu'il est possible d'en faire.

En bref — Chaque banque doit envoyer en début d'année un récapitulatif des frais prélevés sur l'année écoulée : c'est le seul document qui donne le montant réel. Les frais se répartissent en trois familles — l'abonnement, les incidents, et les opérations hors du quotidien — dont seule la première se négocie facilement. Cent euros de frais évités sont cent euros conservés, sans exposition aux marchés, ce qu'aucun rendement ne peut promettre. Avant de changer d'établissement, la garantie des dépôts et le coût des opérations réellement effectuées comptent davantage que le taux affiché.

Peu de gens connaissent le montant exact qu'ils versent chaque année à leur banque. Ce n'est pas de la négligence : le système est construit pour que ce montant ne saute pas aux yeux.

Pourquoi ce coût est-il si difficile à voir ?

Les frais ne partent pas en une fois. Ils arrivent par petites lignes, à des dates différentes, sous des intitulés techniques qui ne veulent rien dire pour un client. Cotisation carte au printemps, frais de tenue de compte chaque trimestre, commission d'intervention un mois où le compte a frôlé le découvert.

Chaque montant paraît trop petit pour justifier un appel au conseiller. Trois euros ici, huit euros là. C'est exactement l'effet recherché : un prélèvement en dessous du seuil de réaction ne provoque aucune réaction.

Il faut y ajouter un biais bien connu : on compare les banques sur ce qui est visible — le taux du livret, l'offre de bienvenue — et jamais sur ce qui se prélève. Le premier chiffre est mis en avant, le second figure dans une brochure tarifaire de quarante pages.

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Quelles sont les trois familles de frais ?

Les distinguer change tout, parce qu'elles ne se traitent pas de la même façon.

L'abonnement. Tenue de compte, cotisation de la carte, éventuel « pack » regroupant des services. C'est un montant fixe, prévisible, dû même si le compte ne bouge pas. C'est aussi la partie la plus facile à réduire, parce qu'elle ne dépend d'aucun comportement.

Les incidents. Commission d'intervention lors d'un paiement au-delà du solde, frais de rejet de prélèvement, frais de lettre d'information pour compte débiteur. Ce sont les plus lourds, parce qu'ils s'accumulent en cascade sur quelques jours difficiles. La réglementation française plafonne ces frais d'incident, avec un plafond spécifique pour les personnes en situation de fragilité financière — ces montants sont fixés par décret et révisables.

Les opérations hors quotidien. Virement instantané, retrait ou paiement hors zone euro, opposition, virement vers l'étranger, envoi d'un chéquier en recommandé. Elles ne concernent pas tout le monde, mais elles pèsent lourd pour ceux qui les utilisent.

Le réflexe à prendre une fois par an

Les banques ont l'obligation d'envoyer chaque début d'année un récapitulatif annuel des frais prélevés sur l'année écoulée, sous un format standardisé. Ce document existe pour tout le monde. Il arrive souvent dans l'espace client sans notification particulière, entre deux relevés, et beaucoup de clients ne l'ouvrent jamais.

Le chercher et le lire prend cinq minutes. C'est la seule façon d'avoir le chiffre réel plutôt qu'une impression.

Trois questions à se poser en le lisant. Quelle part vient de l'abonnement, donc du simple fait d'avoir un compte ? Quelle part vient d'incidents, donc d'un problème de trésorerie ponctuel qui s'est transformé en facture ? Quelle part vient d'options souscrites il y a des années et jamais utilisées depuis ?

Cette dernière ligne est celle qui surprend le plus. Les assurances de moyens de paiement, les services de protection, les garanties accessoires souscrites lors de l'ouverture du compte continuent de se prélever indéfiniment.

Ce que la concurrence a changé

Les établissements en ligne ont bâti leur développement sur ce point précis : pas de frais de tenue de compte, carte souvent gratuite sous conditions d'utilisation, opérations courantes sans commission. Certains rémunèrent aussi les sommes laissées sur le compte courant, ce qui était impensable il y a quelques années.

Les conditions varient d'un établissement à l'autre et changent régulièrement. Un comparatif fait il y a deux ans n'a plus grande valeur aujourd'hui, et les conditions de gratuité — un paiement par carte par mois, un revenu domicilié minimum — sont le vrai sujet à lire.

La mobilité bancaire a également été simplifiée : la nouvelle banque se charge, sur mandat, de transférer les prélèvements et virements récurrents vers le nouveau compte. Cela ne dispense pas de vérifier soi-même, quelques semaines plus tard, que rien n'a été oublié.

Que regarder avant de changer d'établissement ?

Le coût des opérations que vous faites vraiment. Un compte gratuit qui facture les virements instantanés, les retraits hors zone euro ou les paiements en devise n'est pas gratuit pour quelqu'un qui voyage ou qui achète à l'étranger. La question n'est pas « combien coûte cette banque », mais « combien elle me coûterait à moi, avec mes habitudes ».

Le montant réellement rémunéré et selon quelles conditions. Certaines offres appliquent le taux annoncé jusqu'à un plafond, au-delà duquel le reste ne rapporte rien. D'autres réservent le taux mis en avant aux premiers mois. Le taux affiché est un argument commercial, le rendement moyen sur douze mois est une réalité différente.

La garantie des dépôts. Dans l'Union européenne, les sommes déposées sont protégées jusqu'à 100 000 euros par déposant et par établissement, dans le cadre du fonds de garantie applicable. Le point à vérifier : quel établissement porte réellement les fonds. Certaines offres de paiement s'appuient sur une banque partenaire, parfois située dans un autre pays, et c'est cette banque-là qui détermine la garantie applicable.

Le service en cas de problème. Un litige sur un paiement, une opposition urgente ou une succession se règlent mal par formulaire. C'est le point que les comparatifs de tarifs ne mesurent jamais.

Pourquoi ce chantier passe avant les autres

Réduire ses frais est un gain certain, contrairement à un rendement qui reste une espérance. Cent euros de frais évités valent cent euros conservés, sans aucune exposition aux marchés et sans immobiliser quoi que ce soit.

L'ordre de grandeur mérite d'être posé. Une facture annuelle de 200 euros représente ce que rapporteraient environ 6 700 euros placés à 3 % avant impôt. Autrement dit, réduire ses frais de moitié peut valoir autant qu'un effort d'épargne considérable — et le résultat, lui, est acquis d'avance.

C'est aussi la raison pour laquelle ce sujet précède les autres. Tant que la facture n'est pas connue, chercher un meilleur placement revient à remplir un seau percé. La même logique s'applique d'ailleurs au rendement d'un livret rongé par l'inflation : le taux affiché n'est jamais ce qui reste réellement.

Ignorer cette ligne figure d'ailleurs en bonne place parmi les erreurs de début de parcours les plus coûteuses, précisément parce qu'elle se répète chaque année sans jamais attirer l'attention.

C'est rarement le sujet le plus enthousiasmant. C'est souvent le plus rentable.

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