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Le pétrole relance l'inflation et tire les taux longs, Wall Street recule

Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le

Illustration : Le pétrole relance l'inflation et tire les taux longs, Wall Street recule

La remontée des cours du pétrole ravive les anticipations d'inflation et pousse les taux longs à la hausse. Wall Street cède du terrain, dans un enchaînement classique dont chaque maillon commande le suivant.

En bref — La hausse du baril ne se limite pas au prix des carburants : elle entre dans les coûts de transport, de pétrochimie et de production agricole, et se diffuse dans l'ensemble des prix avec plusieurs mois de décalage. Les marchés n'attendent pas les statistiques officielles et révisent immédiatement leurs anticipations de politique monétaire, ce qui fait monter les rendements souverains à dix ans. Cette hausse pèse sur les actions par deux canaux distincts, plus fortement sur les sociétés valorisées sur des bénéfices lointains. Pour un épargnant, l'effet visible sur un relevé ne traduit aucune détérioration des entreprises détenues.

Pourquoi le baril compte au-delà de la pompe

Le pétrole n'est pas seulement un carburant, c'est un intrant.

Il alimente le transport routier et maritime, donc le coût d'acheminement de presque toutes les marchandises vendues. Il sert de matière première à la pétrochimie, d'où sortent les plastiques, les emballages, une partie des textiles et des composants industriels. Il entre dans la fabrication des engrais azotés, et par là dans le prix des productions agricoles.

Une hausse du baril remonte donc dans les prix par plusieurs chemins à la fois, et non par le seul poste énergie du budget des ménages. C'est ce qui rend son effet plus large que ne le suggère sa part apparente dans les indices de prix.

Il faut ajouter une dimension monétaire : le pétrole se cote en dollars. Pour un acheteur de la zone euro, la facture dépend autant du cours du baril que du taux de change. Une hausse du baril compensée par un euro plus fort ne produit pas les mêmes effets qu'une hausse du baril accompagnée d'un dollar qui se renforce.

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Comment les marchés passent de l'énergie aux taux

Les marchés n'attendent pas la publication des indices de prix pour réagir. Dès qu'une reprise de l'inflation devient plausible, les intervenants révisent leurs anticipations de politique monétaire et intègrent des taux directeurs plus élevés, ou maintenus plus longtemps à leur niveau actuel.

Cet ajustement se lit immédiatement sur les rendements souverains à dix ans, avant même toute décision de banque centrale. Le taux long n'est pas fixé par une institution : il résulte de ce que les acheteurs et les vendeurs de dette d'État acceptent au jour le jour.

Deux composantes s'y mélangent, et les distinguer aide à lire le mouvement. D'un côté l'anticipation d'inflation, c'est-à-dire la compensation exigée pour la perte de pouvoir d'achat de l'argent prêté. De l'autre la prime de terme, c'est-à-dire ce que l'on réclame pour immobiliser une somme sur une longue durée. Une hausse du baril agit surtout sur la première.

MaillonCe qui bougeConséquence observable
PétroleCoûts de transport, de production, d'intrantsDiffusion progressive dans les prix
Inflation anticipéeCompensation exigée par les prêteursRévision des taux directeurs attendus
Taux longsRendement souverain à dix ansPression sur les valorisations d'actions
ActionsTaux d'actualisation des bénéficesRepli plus marqué sur les valeurs de croissance

Les deux effets qui pèsent sur les actions

Ils se cumulent, et ce sont deux raisonnements différents.

Le premier est un effet de concurrence. Quand les emprunts d'État offrent une rémunération correcte, un investisseur dispose d'une alternative sérieuse aux actions. Pour continuer à les préférer, il exige davantage : un prix d'entrée plus bas, à bénéfices inchangés.

Le second est un effet d'actualisation. La valeur d'une action correspond aux bénéfices futurs ramenés à leur valeur d'aujourd'hui, au moyen d'un taux de référence. Quand ce taux monte, les bénéfices attendus dans huit ou dix ans perdent davantage de valeur que ceux attendus l'an prochain.

D'où une conséquence très visible dans les séances de ce type : les secteurs de croissance, dont les profits sont projetés loin dans le temps, reculent généralement plus que les entreprises à résultats immédiats et réguliers. Ce n'est pas un jugement sur la qualité des sociétés, c'est une opération arithmétique.

Le secteur pétrolier lui-même fait exception, pour une raison évidente : la hausse du baril améliore ses revenus. C'est ce qui explique qu'un indice puisse reculer alors qu'une partie de ses composantes progresse, un décalage régulièrement mal interprété. La composition d'un portefeuille détermine donc largement ce qu'il ressent d'un mouvement de ce genre, et c'est l'argument de fond en faveur de la répartition entre grandes familles de placement.

Pourquoi la hausse du baril ne se voit pas tout de suite dans les prix

La transmission n'est ni immédiate ni intégrale, et trois mécanismes l'étalent dans le temps.

Les entreprises absorbent d'abord une partie de la hausse sur leurs marges avant de la répercuter. Elles hésitent à modifier leurs tarifs trop souvent, par crainte de perdre des clients, et attendent de savoir si le mouvement est durable.

Les contrats d'approvisionnement à prix fixe retardent ensuite l'effet de plusieurs mois, parfois davantage. Une entreprise qui a sécurisé son énergie pour l'année ne subit la hausse qu'au renouvellement.

La fiscalité sur les carburants, enfin, est largement forfaitaire : un montant fixe par litre s'ajoute au prix hors taxe. Mécaniquement, une variation de 20 % du baril ne produit pas une variation de 20 % à la pompe, puisqu'une partie du prix payé ne bouge pas.

Cet étalement explique pourquoi les indices de prix réagissent avec retard, et pourquoi les banques centrales regardent surtout l'inflation dite sous-jacente, celle qui exclut l'énergie et l'alimentation, plutôt que le mouvement du mois. Une flambée du baril qui retombe en quelques semaines ne modifie généralement pas leur trajectoire ; une hausse qui s'installe, si.

Ce que cela produit sur un portefeuille

Trois effets méritent d'être distingués, car ils n'appellent pas la même lecture.

Les fonds obligataires enregistrent un recul de valeur à court terme. Le mécanisme est simple : les titres déjà détenus, moins bien rémunérés, se déprécient face aux nouvelles émissions plus généreuses. Le rendement futur du portefeuille, lui, s'améliore. C'est la même somme, réévaluée à la baisse aujourd'hui et mieux rémunérée demain.

Les contrats d'assurance-vie en unités de compte reflètent ces mouvements sans qu'aucune détérioration d'entreprise ne soit en cause. La part en fonds euros, elle, ne bouge pas : c'est précisément la différence de nature entre les deux compartiments d'un contrat.

Les sommes laissées sur des supports peu rémunérés, enfin, subissent l'effet le plus discret et le plus certain. Une inflation qui repart réduit ce que l'argent permet d'acheter : le capital reste nominalement intact, son pouvoir d'achat diminue. C'est le mécanisme décrit dans ce qui arrive à une épargne « sûre » quand les prix montent, et il ne se voit sur aucun relevé.

L'arbitrage habituel consiste à conserver disponible ce qui doit l'être, et à ne pas laisser au-delà des montants nécessaires sur des supports dont la rémunération reste durablement inférieure à la hausse des prix. Cet arbitrage se décide sur un horizon, pas sur une séance.

Ce que cet enchaînement ne permet pas de prévoir

Chaque maillon commande le suivant, ce qui donne au raisonnement une allure de mécanique. Elle est trompeuse sur un point : rien n'indique la durée du mouvement initial.

Les cours du pétrole dépendent de décisions de production, de stocks, de tensions régionales et de la demande mondiale, dont aucun élément n'est prévisible de façon fiable à quelques mois. Un enchaînement bien compris n'est pas une prévision : il explique ce qui se passe quand le premier maillon bouge, pas s'il va bouger.

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