Diversifier au-delà des livrets : les grandes familles de placement
Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le
Entre le livret réglementé et les placements les plus spéculatifs s'étend un éventail que peu d'épargnants connaissent en entier. Voici la carte, classée selon les deux seuls critères qui permettent de comparer des produits très différents : la facilité à récupérer son argent, et ce qui arrive au capital.
En bref — Les placements se comparent sur trois axes : disponibilité de l'argent, garantie du capital, rendement espéré. Aucun produit n'optimise les trois en même temps, et choisir revient à décider lequel on accepte de sacrifier. Les grandes familles se répartissent en produits de taux, produits de propriété, actifs réels et actifs spéculatifs. Le rendement d'une famille ne se compare à celui d'une autre qu'à durée et à risque comparables.
Un épargnant qui découvre l'univers des placements se heurte d'abord à un problème de vocabulaire. Les produits portent des noms qui ne disent rien de leur nature : on ne devine pas, à l'entendre, qu'un fonds en euros et une obligation d'entreprise appartiennent à la même famille, ni qu'une SCPI et un immeuble détenu en direct n'ont presque rien en commun sur le plan de la disponibilité.
Le triangle qui structure tout
Trois qualités, jamais réunies : récupérer son argent quand on veut, ne pas pouvoir perdre, obtenir un rendement élevé.
Cette contrainte n'est pas une opinion de prudence, c'est une règle de marché. Un émetteur qui garantit le capital doit investir prudemment, donc renonce au rendement. Un produit qui promet un rendement élevé doit soit immobiliser l'argent pour pouvoir le travailler, soit accepter que sa valeur varie.
D'où l'usage pratique : face à n'importe quelle proposition, cherchez laquelle des trois qualités manque. Si les trois semblent présentes, c'est qu'une information n'a pas été donnée. Cette lecture prend dix secondes et élimine une bonne partie des offres douteuses.
Famille 1 : les produits de taux, où l'on prête
Prêter de l'argent contre une rémunération connue à l'avance. C'est la famille la plus ancienne et la plus lisible.
Les livrets réglementés en sont la forme la plus simple : l'État garantit, le taux est fixé par une formule officielle, l'argent sort en un virement. Le compte à terme reprend le principe en ajoutant une durée : le taux est connu et souvent supérieur, mais l'argent est immobilisé et une sortie anticipée entraîne une pénalité.
Le fonds en euros d'un contrat d'assurance-vie appartient encore à cette famille, avec une garantie donnée par l'assureur et non par l'État, et un rendement constaté chaque année plutôt que promis d'avance.
Les obligations d'entreprises poussent la logique un cran plus loin. Vous prêtez à une société, qui verse un coupon et rembourse à l'échéance. Le rendement est plus élevé, parce que deux risques apparaissent : celui que l'émetteur ne rembourse pas, et celui de voir la valeur de l'obligation baisser si vous devez la revendre avant l'échéance dans un contexte de taux plus élevés. La dette privée applique le même principe à des entreprises non cotées, avec une immobilisation plus longue.
Le point commun de toute la famille : le gain maximum est connu d'avance. On ne prête pas pour s'enrichir, on prête pour percevoir un revenu régulier.
Famille 2 : les produits de propriété, où l'on possède
Ici, on n'est plus créancier mais propriétaire d'une fraction d'entreprise. Il n'y a plus de coupon prévu, plus d'échéance, plus de remboursement : la valeur dépend de ce que vaut l'entreprise et de ce qu'elle distribue.
Les actions cotées en sont la forme directe. Les fonds diversifiés et les fonds indiciels en sont la forme mutualisée : une seule ligne donne accès à des dizaines ou des centaines de sociétés, ce qui supprime le risque lié à une entreprise particulière sans supprimer celui du marché dans son ensemble.
Cette famille est la plus mal comprise sur un point : ses produits sont très disponibles — une action cotée se vend en quelques secondes — mais absolument pas garantis. Disponible et garanti sont deux choses différentes, et la confusion coûte cher. Pouvoir vendre à tout moment ne dit rien du prix auquel on vendra.
Le capital-investissement applique la même logique de propriété à des sociétés non cotées, avec une immobilisation de cinq à dix ans et une dispersion des résultats bien plus large.
Famille 3 : les actifs réels, où l'on détient une chose
Immobilier, forêts, terres agricoles, métaux précieux, infrastructures. Le point commun est de posséder un bien physique, dont la valeur ne dépend d'aucune promesse de remboursement.
L'immobilier locatif produit un revenu, ce qui le rapproche de la première famille, mais sa valeur varie comme celle des actifs de la deuxième. Détenu via des parts de sociétés civiles de placement immobilier, il devient accessible sans gestion, au prix de frais d'entrée élevés qui ne se rentabilisent que sur une longue période et d'une revente qui peut prendre des mois.
Les métaux précieux se distinguent nettement du reste : ils ne produisent ni intérêt, ni loyer, ni dividende. Leur rôle est d'amortir certaines périodes de défiance, pas de porter la performance d'un patrimoine.
Famille 4 : les actifs spéculatifs et les actifs de passion
Dernière catégorie, la plus hétérogène. Elle regroupe ce dont la valeur ne repose ni sur un revenu produit, ni sur un actif tangible standardisé, mais uniquement sur ce qu'un autre acheteur acceptera de payer.
Les crypto-actifs en font partie, avec une amplitude de variation sans équivalent parmi les autres familles. Les objets de collection aussi — vin, montres, œuvres d'art — auxquels s'ajoutent des contraintes de conservation, d'authentification et de frais de transaction très élevés.
Ce n'est pas une famille à écarter par principe. C'est une famille dont la place se définit par un montant que l'on peut perdre intégralement sans que l'équilibre général en soit affecté.
La carte complète
| Famille | Capital garanti | Récupérer son argent | Rendement espéré |
|---|---|---|---|
| Livrets réglementés | Oui, par l'État | Immédiat | Faible |
| Compte à terme | Oui | Bloqué, pénalité si sortie | Modéré |
| Fonds en euros | Oui, par l'assureur | Quelques jours à quelques semaines | Modéré |
| Obligations d'entreprises | Non | Bonne si coté | Modéré |
| Dette privée | Non | Bloquée plusieurs années | Modéré à bon |
| SCPI, immobilier collectif | Non | Lente, plusieurs semaines ou mois | Modéré à bon |
| Actions, fonds indiciels | Non | Immédiat, à un prix inconnu | Variable, élevé sur longue durée |
| Capital-investissement | Non | Bloqué 5 à 10 ans | Très dispersé |
| Métaux précieux | Non | Bonne | Aucun revenu, valeur variable |
| Crypto-actifs, actifs de passion | Non | Variable selon le marché | Très variable |
Les mentions de rendement traduisent des ordres de grandeur observés sur longue période. Aucune n'est un engagement, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Ce que la carte ne dit pas
Trois angles morts méritent d'être signalés, parce qu'ils faussent les comparaisons.
Le premier est l'enveloppe. Un même support ne subit pas la même fiscalité selon qu'il est détenu sur un compte-titres ordinaire, un plan d'épargne en actions ou un contrat d'assurance-vie. Comparer deux placements sans regarder le contenant dans lequel ils logent revient à comparer deux prix hors taxes et toutes taxes comprises.
Le deuxième est le niveau de frais. Il varie davantage à l'intérieur d'une famille qu'entre deux familles. Deux fonds investis sur le même marché, avec un écart d'un point de frais annuels, ne produisent pas le même résultat au bout de vingt ans, et cet écart-là est certain, contrairement au rendement.
Le troisième est la corrélation. Détenir cinq produits différents qui baissent tous en même temps n'est pas de la diversification. L'intérêt d'une répartition tient à ce que ses composantes ne réagissent pas aux mêmes événements — c'est ce qui ressort de la façon dont les investisseurs répartissent leur argent.
Enfin, une remarque d'ordre pratique. La carte se lit de haut en bas dans un ordre imposé : la réserve de précaution d'abord, sur les supports de la première ligne ; les projets datés ensuite, sur des supports dont l'horizon correspond ; le long terme après. Un excellent placement sur un mauvais horizon devient un mauvais placement, et c'est l'erreur la plus répandue chez ceux qui commencent — choisir le produit avant d'avoir fixé la date.
Ce qu'il faut retenir
- Disponibilité, garantie, rendement : les trois ne coexistent jamais, et repérer celle qui manque suffit à évaluer une offre.
- Prêter (produits de taux) et posséder (actions, actifs réels) sont deux logiques distinctes, avec des risques de nature différente.
- Disponible ne veut pas dire garanti : une action se vend en quelques secondes, à un prix que personne ne connaît d'avance.
- L'enveloppe fiscale et le niveau de frais modifient le résultat autant que le choix du support.
- La date à laquelle l'argent sera nécessaire détermine la famille possible, jamais l'inverse.
