Assurance-vie : fonds euros ou unités de compte, comment ça marche
Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le
Un contrat d'assurance-vie n'est pas un placement, c'est un contenant. On y range deux choses qui n'obéissent pas aux mêmes règles : d'un côté l'assureur s'engage sur votre capital, de l'autre il ne s'engage que sur le nombre de parts que vous détenez.
En bref — L'assurance-vie n'est pas un placement, c'est un contenant. On y range deux choses très différentes. Le fonds en euros : l'assureur s'engage à vous rendre au moins ce que vous avez mis, frais déduits. Les unités de compte : des parts de fonds dont le prix monte et descend. L'assureur promet alors que vous en aurez toujours autant, pas ce qu'elles vaudront. Les frais se superposent sur plusieurs niveaux et pèsent lourd sur vingt ans. Tant que l'argent reste dans le contrat, il n'est pas imposé.
Pourquoi l'assurance-vie n'est-elle pas un placement ?
Voyez-la comme un cartable. Ce qui compte n'est pas le cartable, ce sont les cahiers qu'on met dedans. Deux personnes peuvent avoir le même contrat, chez le même assureur, et vivre des choses très différentes selon ce qu'elles y ont rangé.
Le fonds en euros est garanti par la compagnie : la somme versée ne peut pas baisser du fait des marchés. Les unités de compte ne le sont pas. La plupart des contrats acceptent les deux, dans les proportions que vous choisissez.
Comment l'assureur peut-il garantir le fonds en euros ?
Parce qu'il ne le gère pas comme les autres. Votre argent rejoint une grosse réserve commune de la compagnie, remplie en très large majorité d'obligations d'États et de grandes entreprises.
Une obligation, c'est un prêt : l'emprunteur verse chaque année un intérêt connu d'avance, puis rembourse à la date prévue. Une réserve remplie de prêts de ce genre produit des revenus prévisibles, ce qui permet à l'assureur de s'engager sur votre capital.
Conséquence directe : la réserve contient des prêts signés il y a un an, cinq ans, dix ans, à des taux différents. Quand les taux du marché montent, le fonds ne se met pas à jour d'un coup ; il faut attendre que les vieux prêts arrivent à leur terme. Le rendement bouge donc lentement. Les compagnies gardent en plus une cagnotte, remplie les bonnes années et vidée les mauvaises : le taux annoncé pour une année est constaté après coup, ni promis ni reconduit d'office.
Un point à vérifier avant de signer : beaucoup de contrats n'ouvrent l'accès au fonds en euros qu'à condition de placer une part du versement sur l'autre compartiment.
Que garantit exactement l'assureur sur l'autre compartiment ?
Une seule chose : que vous aurez toujours autant de parts. C'est écrit noir sur blanc dans tous les contrats, et c'est la phrase la plus mal lue du produit.
Pensez à des jetons de fête foraine. Vous en achetez 120. L'an prochain vous en aurez toujours 120, personne ne vous en prendra un seul. Mais ce que vaut un jeton au guichet, cela, personne ne vous le promet.
Une unité de compte, c'est ce jeton : une part d'un fonds investi en actions, en obligations, en immobilier, ou qui suit un indice. Sur une période difficile, ce compartiment peut reculer d'un tiers et mettre des années à revenir à son niveau. Ce n'est un problème que si l'argent doit sortir au mauvais moment.
Le choix de fonds change énormément d'un contrat à l'autre : une trentaine dans certains, presque tous de la maison ; des centaines dans d'autres, dont des fonds indiciels à frais réduits et des supports proches des SCPI. Cette liste compte autant que le taux du fonds en euros.
Où passent les frais, et lequel fait le plus mal ?
Les frais ne se lisent jamais sur une seule ligne. Ils s'ajoutent les uns aux autres.
| Ce qui est prélevé | À quel moment | Ordre de grandeur observé |
|---|---|---|
| Frais sur versement | À chaque somme déposée | 0 % en ligne, jusqu'à 3 à 5 % en agence |
| Frais de gestion du contrat | Chaque année, sur tout ce que vous avez | environ 0,5 % à 1 % |
| Frais du fonds lui-même | Déjà retirés de sa valeur affichée | très variables selon le fonds |
| Frais de changement de support | À chaque déplacement d'argent | de 0 % à un pourcentage du montant |
| Frais de gestion déléguée | Si quelqu'un décide à votre place | s'ajoutent aux précédents |
Les frais d'entrée font mal tout de suite, et au moins vous les voyez. Les frais annuels ne se voient jamais : retirés en silence, chaque année, sur un capital qui grossit. Un point d'écart maintenu vingt ans avale une part considérable du résultat final. C'est l'un des rares réglages qui améliorent le résultat sans prendre plus de risque : deux chiffres suffisent pour comparer deux contrats, les frais à l'entrée et les frais annuels sur les unités de compte.
Peut-on changer de support sans payer d'impôt ?
Oui, et c'est le grand intérêt du cartable. Vendre un fonds à l'intérieur du contrat pour en acheter un autre s'appelle un arbitrage : l'argent ne sort pas, donc aucun impôt ne se déclenche. Vous pouvez passer d'un fonds actions au fonds en euros, puis revenir six mois plus tard.
Deux réglages automatiques existent sur la plupart des contrats. L'un met à l'abri les gains dépassant un seuil que vous fixez ; l'autre n'envoie sur les marchés que les intérêts du fonds en euros. Ils ne protègent de rien en cas de chute brutale, mais évitent de trancher dans la panique.
Un détail : l'opération se fait au prix du jour où elle est traitée, pas du jour de la demande. Sur un support immobilier, ce délai atteint parfois plusieurs semaines.
Que se passe-t-il quand on retire l'argent ?
Tant que l'argent reste dans le contrat, il n'est pas imposé, quels que soient les mouvements internes. L'impôt ne se déclenche qu'au retrait, et seulement sur la part de gains contenue dans la somme retirée — jamais sur la totalité.
Après huit ans de contrat, la loi prévoit un abattement annuel sur ces gains : 4 600 euros pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple imposé ensemble. Au-delà, le taux dépend du total versé et de la date des versements. Les prélèvements sociaux restent dus dans tous les cas. Les taux et seuils en vigueur figurent sur service-public.fr et bougent avec les lois de finances.
Le compteur des huit ans démarre à l'ouverture du contrat, pas au versement des sommes — même logique que pour le plan d'épargne en actions : ouvrir tôt, même avec un petit montant, fait tourner l'horloge.
Un contrat n'est jamais bloqué pour autant. Un retrait reste possible à tout moment, y compris avant huit ans : l'impôt est moins favorable, mais l'argent n'est pas prisonnier. L'expression « contrat de huit ans » entretient la confusion.
Comment se répartissent les deux compartiments ?
Il n'existe pas de clé universelle. Le repère le plus solide reste la date à laquelle vous aurez besoin de l'argent : plus l'échéance est lointaine, plus la durée permet d'encaisser les mauvaises années.
Les unités de compte exposent à une perte d'argent. Le document d'information de chaque fonds détaille son risque et ses frais ; les établissements autorisés à vendre ces contrats sont recensés par l'Autorité des marchés financiers.
Ce qu'il faut retenir
- L'assurance-vie est un contenant : le risque vient de ce qu'on met dedans, pas du contrat.
- Le fonds en euros est garanti grâce à une réserve remplie de prêts ; son rendement bouge lentement et n'est jamais promis d'avance.
- Sur les unités de compte, votre nombre de parts ne bouge pas ; ce qu'elles valent, personne ne s'y engage.
- Les frais se superposent ; les frais annuels sont les moins visibles et les plus coûteux sur la durée.
- Changer de support à l'intérieur du contrat ne coûte aucun impôt ; l'impôt n'arrive qu'au retrait, sur les seuls gains.
