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Dette privée : prêter aux entreprises que les banques ne financent plus

Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le

Illustration : Dette privée : prêter aux entreprises que les banques ne financent plus

Dans la dette privée, vous ne devenez pas copropriétaire d'une entreprise : vous lui prêtez de l'argent. Le revenu est fixé d'avance, la durée aussi, et le vrai sujet n'est pas le taux affiché mais votre place dans la file de ceux qui seront remboursés le jour où ça tourne mal.

En bref — Prêter de l'argent à des entreprises, au lieu d'en devenir copropriétaire : voilà ce qu'on appelle la dette privée. Vous n'achetez pas une part de la société, vous lui faites crédit. Elle vous verse des intérêts pendant une durée fixée, puis vous rend votre argent. En échange, vous ne profitez pas de sa réussite : même si elle triple de taille, vous touchez ce qui était écrit dans le contrat, pas un euro de plus. Et si elle va mal, tout dépend de votre place dans la file des gens à rembourser. Votre argent est bloqué plusieurs années et peut être perdu.

Prêter ou devenir copropriétaire : quelle différence ?

Imaginez un ami qui ouvre une boulangerie. Deux façons de l'aider.

Vous pouvez lui donner de l'argent contre une part du commerce. Si la boulangerie marche, votre part vaut plus cher. Si elle ferme, vous perdez tout.

Ou vous pouvez lui prêter l'argent. Vous signez un papier : il vous verse tant chaque année et vous rend la somme dans cinq ans. S'il réussit très bien, tant mieux pour lui — vous, vous touchez ce qui était écrit. Mais s'il a des ennuis, vous passez avant les copropriétaires.

La dette privée, c'est cette deuxième solution appliquée à des entreprises. Vous ne prêtez pas seul : un fonds rassemble l'argent de nombreux épargnants et le prête à des dizaines d'entreprises.

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Pourquoi ces entreprises ne vont-elles pas voir une banque ?

Beaucoup y vont d'abord. Mais depuis la crise de 2008, les banques ont des règles plus strictes : certains prêts leur coûtent cher à garder dans leurs comptes. Elles disent donc non plus souvent, ou mettent des mois à dire oui. Des fonds spécialisés se sont installés sur ce terrain, avec un argument simple : une réponse rapide, un prêt taillé sur mesure, un seul interlocuteur.

Qui emprunte ainsi ? Des entreprises de taille moyenne, ni petites ni géantes, qui rachètent un concurrent, changent de propriétaire ou financent une grosse machine. Elles ne sont pas forcément en difficulté, mais elles empruntent plus que la moyenne — c'est justement le but de l'opération.

Disons-le franchement : une partie de ce marché existe parce que la banque n'a pas voulu prêter à ce prix-là. Le taux plus élevé paye ce risque, il ne tombe pas du ciel.

Qui est remboursé en premier quand ça tourne mal ?

C'est la question, et presque personne ne la pose. Tous les prêts d'une même entreprise ne se valent pas : il y a une file d'attente, respectée à l'euro près le jour où l'argent manque.

Votre place dans la fileCe qui se passe si l'entreprise va malCe que ça change pour vous
Prêt garanti (en tête)Remboursé en premier, et un bien de l'entreprise sert de cautionLe taux est le plus bas
Prêt simple (au milieu)Remboursé ensuite, sans cautionTaux moyen
Prêt de dernier rang (en fin de file)Passe après tous les autresTaux plus élevé, risque plus élevé
Copropriétaire (tout au bout)Ne reçoit souvent rienAucune limite de gain

Un fonds qui annonce un revenu bien supérieur aux autres ne travaille pas forcément mieux : il prête peut-être plus bas dans cette file. La question tient en une phrase : *à quelle place ce fonds prête-t-il, et prend-il des cautions ?* Si personne ne sait vous répondre clairement, c'est déjà une réponse.

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Que se passe-t-il vraiment si une entreprise ne paye plus ?

Le mot « défaut » fait peur, mais il recouvre trois situations différentes.

Premier cas : l'entreprise sort des clous. Le contrat lui interdisait de dépasser un certain niveau de dettes, elle le dépasse. Rien ne s'arrête pour autant : on renégocie, et le prêteur peut réclamer un taux plus élevé, une caution en plus, ou une partie de son argent tout de suite.

Deuxième cas : un versement n'arrive pas. Le fonds cesse alors de compter ce revenu et lance une procédure.

Troisième cas : on renégocie tout. Prêteurs et propriétaires s'assoient autour d'une table, souvent avec un juge. Ceux qui sont en tête de file récupèrent une partie de leur argent, parfois en échange de parts de l'entreprise. Ceux qui sont en fin de file peuvent ne rien récupérer.

Sur un prêt garanti, on perd donc rarement tout. Sur un prêt de dernier rang, ça arrive. Et dans tous les cas, ça dure des mois sans que vous touchiez rien.

Pourquoi vous ne toucherez pas le taux annoncé ?

Entre le taux de la brochure et l'argent qui arrive chez vous, trois choses se glissent.

Les frais. Le fonds se rémunère chaque année. Et si vous passez par une assurance-vie, le contrat prend sa part en plus : deux étages de frais, pas un — le même empilement que dans notre article sur la différence entre fonds euros et unités de compte.

Les entreprises qui ne remboursent pas. Sur cinquante prêts, quelques-uns tournent mal, et leur perte rogne le revenu des autres.

Les impôts. Les intérêts que vous touchez sont des revenus, imposés comme tels.

Le taux affiché décrit donc ce que les entreprises ont signé, pas ce que vous encaisserez.

Et si l'économie ralentit ?

Quand les affaires vont moins bien, les entreprises très endettées souffrent les premières — précisément celles à qui ces fonds prêtent. Les ennuis n'arrivent donc jamais un par un : le revenu paraît régulier pendant des années, puis se dégrade d'un coup, sur plusieurs lignes à la fois. Même rythme que dans le financement participatif immobilier, où les retards se concentrent aussi sur les mêmes périodes.

Et vous ne pouvez pas sortir en claquant des doigts. Dans le document qu'on vous remet, le passage à lire en premier est celui sur les sorties : à quelles dates peut-on demander son argent, combien de temps à l'avance faut-il prévenir, et quand le gérant peut-il bloquer les remboursements si trop de gens partent ensemble ?

Ces clauses protègent ceux qui restent — un fonds ne revend pas en une journée un prêt fait à une entreprise. Mais l'argent placé ici ne peut pas être celui dont vous pourriez avoir besoin, votre épargne de précaution étant mise de côté ailleurs.

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