Capital-investissement : ce qui était réservé aux grandes fortunes s'ouvre
Par La rédaction — Actu patrimoine · Publié le · Mis à jour le
Financer des entreprises non cotées passe par des fonds dont le fonctionnement n'a rien de commun avec un placement classique. L'argent n'est pas versé en une fois, il ne ressort pas quand on veut, et le résultat ne se lit qu'à la fin. Voici la mécanique, avant les arguments commerciaux.
En bref — Un fonds de capital-investissement achète des parts d'entreprises non cotées, les garde plusieurs années, puis les revend. L'argent est appelé progressivement, immobilisé le plus souvent entre cinq et douze ans, et il n'existe aucun cours quotidien pour savoir ce que vaut la position. Les frais annuels sont nettement plus élevés que sur un fonds coté et se prélèvent avant tout résultat. Le capital n'est pas garanti : une partie des participations peut ne rien rapporter.
Le mot fait envie. Il évoque les portes fermées, les tours de table, les grandes fortunes qui accèdent à ce que les autres n'ont pas. La réalité tient plutôt du contrat de longue durée, avec des règles précises qu'il vaut mieux lire avant de signer que découvrir la troisième année.
Que fait réellement un fonds de capital-investissement ?
Il collecte de l'argent auprès d'un ensemble d'investisseurs, achète des parts de sociétés qui ne sont pas cotées en bourse, s'implique dans leur direction pendant plusieurs années, puis cherche un acheteur pour ces parts.
L'acheteur final peut être un autre fonds, un industriel du secteur, l'équipe dirigeante elle-même, ou le marché boursier en cas d'introduction. C'est ce moment de revente, et lui seul, qui transforme une participation en argent redistribuable.
Trois métiers très différents se cachent derrière la même étiquette. Le rachat d'entreprises établies et déjà rentables, souvent financé en partie par de la dette. Le financement de croissance, pour une société qui fonctionne mais veut accélérer. L'amorçage, qui finance des sociétés très jeunes. Le risque et la durée n'ont rien à voir d'un cas à l'autre, et la brochure ne le met jamais en avant-première ligne.
Le point commun : aucune de ces sociétés n'a de cours de bourse. Leur valeur est estimée périodiquement par le gérant, selon une méthode qu'il applique lui-même. Vous ne saurez donc jamais, en cours de route, ce que vaut vraiment votre part — vous saurez ce que le gérant estime qu'elle vaut.
Pourquoi l'argent n'est-il pas versé en une seule fois ?
C'est la particularité qui surprend le plus les nouveaux souscripteurs. On ne verse pas la somme le jour de la signature : on s'engage sur un montant, et le gérant l'appelle par tranches, au fur et à mesure qu'il trouve des entreprises à acheter.
Un engagement de 20 000 euros peut se traduire par un premier appel de 5 000 euros au bout de quelques mois, puis d'autres réparties sur deux ou trois ans. Entre deux appels, la somme non appelée reste chez vous — mais elle n'est pas libre pour autant, puisque vous devez pouvoir la verser sous quelques semaines quand la lettre d'appel arrive.
Ne pas répondre à un appel de capital n'est pas une simple sortie. Le règlement du fonds prévoit des pénalités, qui vont jusqu'à la perte d'une partie des parts déjà acquises. C'est écrit noir sur blanc et c'est appliqué.
Conséquence pratique : ce type d'engagement suppose une trésorerie disponible à côté, ce qui suppose que l'épargne de précaution soit déjà constituée ailleurs, et intacte.
Combien de temps l'argent reste-t-il immobilisé ?
Un fonds a une durée de vie annoncée, généralement de huit à dix ans, avec des prolongations possibles d'un ou deux ans décidées par le gérant. Les véhicules destinés aux particuliers descendent souvent à cinq ou six ans, mais rarement en dessous.
Pendant cette période, la sortie n'est pas un droit. Sur les fonds fermés, il n'existe tout simplement pas de guichet de rachat : il faut trouver un repreneur de parts sur un marché secondaire étroit, qui achète avec une décote. Sur les véhicules logés dans un contrat d'assurance-vie, une fenêtre de rachat existe, mais elle peut être suspendue quand trop de monde sort en même temps.
| Voie d'accès | Ticket courant | Durée annoncée | Sortie avant terme |
|---|---|---|---|
| Fonds professionnel | 100 000 € et plus | 10 à 12 ans | Marché secondaire, avec décote |
| Fonds grand public | 1 000 à 10 000 € | 5 à 10 ans | Très limitée, parfois nulle |
| Unité de compte en assurance-vie | Quelques centaines d'euros | Selon le contrat | Possible, suspendable |
Pourquoi le résultat commence-t-il par baisser ?
Les professionnels appellent cela la courbe en J, et c'est probablement la chose la plus utile à comprendre avant de souscrire.
Les premières années, le fonds paie ses frais et achète ses participations. Il n'a encore rien revendu. Les frais se prélèvent, les sociétés achetées sont inscrites à leur prix d'achat, et la valeur affichée de la part passe donc mécaniquement sous le montant versé. Ce n'est pas un accident : c'est le fonctionnement normal.
Le redressement, s'il a lieu, vient plus tard, quand les premières reventes se font à un prix supérieur au prix d'achat. Un souscripteur qui regarde son relevé la deuxième année et s'inquiète n'a rien compris au produit ; un souscripteur qui regarde son relevé la deuxième année et se rassure parce que la valeur estimée monte n'a pas compris davantage, puisque cette valeur est une estimation interne.
Le seul chiffre qui compte réellement s'appelle le montant distribué : ce que le fonds a effectivement rendu en argent à ses porteurs. Tout le reste est une opinion.
Où passent les frais ?
Ils se superposent, et c'est le point où la comparaison avec un fonds coté devient brutale.
Une commission de gestion annuelle, souvent comprise entre 1,5 et 3 %, calculée non pas sur ce que vaut le fonds mais sur les montants engagés. Des frais d'entrée, fréquents sur les véhicules grand public. Une commission de surperformance, qui donne au gérant une part des gains au-delà d'un seuil de déclenchement. Et, quand le fonds est logé dans un contrat, les frais du contrat par-dessus.
Le seuil de déclenchement mérite d'être lu ligne à ligne : selon qu'il se calcule sur l'ensemble du fonds ou opération par opération, le gérant peut toucher une part sur ses réussites alors même que le porteur, lui, n'a pas retrouvé sa mise. Cette question se pose exactement comme celle des frais d'un contrat d'assurance-vie : ce qui est prélevé chaque année entame le résultat, que la performance soit là ou non.
Ce que l'ouverture aux particuliers change vraiment
Elle change le ticket d'entrée, pas la nature du produit. Un fonds accessible à 1 000 euros reste un fonds bloqué, sans prix de marché et chargé en frais.
Elle change aussi, parfois, la qualité des dossiers. Les meilleures équipes de gestion n'ont aucune difficulté à lever de l'argent auprès d'investisseurs institutionnels qui signent pour plusieurs dizaines de millions. Se tourner vers un public de particuliers, en payant au passage des réseaux de distribution, n'est pas toujours le signe d'une équipe qui refuse du monde. Ce n'est pas systématique, mais la question se pose.
C'est aussi pour cela que la comparaison avec ce que font les grandes fortunes est trompeuse quand on la prend au pied de la lettre : elles n'accèdent pas seulement à la classe d'actifs, elles accèdent à des gérants précis, à des conditions négociées, avec une capacité à immobiliser une part de leur patrimoine qu'un ménage n'a généralement pas.
Les questions à poser avant de signer
Combien de fonds cette équipe a-t-elle déjà clôturés, et combien a-t-elle distribué en argent réel sur chacun.
Quel est le métier exact : rachat, croissance ou amorçage.
Sur quelle durée l'engagement court, avec quelles prolongations possibles décidées par qui.
Quel est le calendrier prévisible des appels de capitaux.
Quelle est la commission de surperformance, et à partir de quel seuil elle se déclenche.
Une réponse floue sur l'un de ces cinq points est une réponse. Le capital-investissement figure parmi les grandes familles de placements qui demandent le plus d'attention avant l'entrée, précisément parce qu'on ne peut pas corriger sa décision en cours de route.
Ce qu'il faut retenir
- Un fonds de capital-investissement achète des sociétés non cotées et ne dégage de résultat qu'au moment de les revendre.
- L'argent est appelé par tranches ; ne pas répondre à un appel entraîne des pénalités prévues au règlement.
- L'immobilisation va couramment de cinq à douze ans, sans droit de sortie sur les fonds fermés.
- La valeur affichée en cours de route est une estimation du gérant, pas un prix de marché.
- Les frais annuels, les frais d'entrée et la commission de surperformance se cumulent et se prélèvent avant tout gain.
- Le capital n'est pas garanti : une partie des participations peut ne rien rendre.
